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Standard : une affaire de famille

En remportant la huitième Coupe de Belgique de son histoire, le Standard peut déjà teaser un happy end à une saison pourtant mal embarquée et loin d’être finie. Plongée au coeur d’un vestiaire très particulier.

La scène fait le tour de la toile. Les joueurs du Standard s’invitent en salle de presse et arrosent Ricardo Sa Pinto. L’entraîneur portugais croit éviter la douche de champagne en filant directement du terrain des festivités à la salle de presse. C’est loupé.

Au-delà du show animé par Réginal Goreux, Mehdi Carcela et le jeune Moussa Djenepo, habitué depuis un moment aux imitations du bouillant coach portugais, c’est une nouvelle fois la joie communicative du vestiaire liégeois qui frappe les esprits.

Car le Standard n’a pas progressé que sportivement ces derniers temps, mais aussi dans sa communication sur les réseaux sociaux notamment en proposant quelques instants après chaque fin de match des clips vidéos particulièrement bien ficelés où l’on assiste aux célébrations entre fans et joueurs.

 » Je veux créer une famille « . Cette phrase, Ricardo Sa Pinto l’a maintes fois répétée durant cette saison en montagnes russes. Aujourd’hui, sa famille semble plus soudée que jamais. Joueurs, staff, direction sportive, et supporters, tirent tous dans la même direction, ce qui n’a pas toujours été le cas.

Parce que le Standard revient de loin, de très loin. Des tensions, des coups de gueule inhérents à un vestiaire, il y en a eu et ils furent nombreux durant ce mois de décembre catastrophique où le Standard semblait lâcher prise.

Les boulettes répétées de Konstantinos Laifis ou les erreurs de Luis Pedro Cavanda ont parfois embrasé le groupe. Mais celui-ci a tenu bon, même dans la tourmente. Et il n’a jamais lâché son coach. Une discussion entre plusieurs cadres et Sa Pinto à la sortie du stage hivernale fut fondamentale. Cet échange allait avoir un impact direct sur une suite d’événements positifs.

Un trophée mérité

En moins d’une semaine, le Standard aura réussi sa saison alors qu’après le partage (1-1) face à Bruges du 25 février, les mines étaient basses et que l’approche d’un nouveau passage par le purgatoire des plays-offs 2 se précisait.

Aujourd’hui, il n’en est rien. Le Standard version Bruno Venanzi tient enfin ses PO1 au bout d’un thriller haletant sur la Côte et sa deuxième Coupe de Belgique. Sans être brillant, mais sans concéder non plus. Une première depuis le 3 février à Lokeren.

Après la rencontre, Ricardo Sa Pinto reconnaissait d’ailleurs que  » son équipe n’avait pas très bien joué, surtout en première mi-temps. À cause de l’enjeu, de l’émotion, du terrain, de la qualité de l’adversaire, entre autres.

Mais la seule chose qui compte dans une finale, c’est de la gagner. Et sur l’ensemble de notre parcours qui est notamment passé par Anderlecht et Bruges, on a cent fois mérité de ramener ce trophée à Sclessin…  »

Et pourtant, sans un sauvetage étourdissant de Jean-François Gillet sur une tête à bout portant de Joseph Aidoo à la 87e minute de la rencontre, le Standard aurait quitté la capitale les mains vides. Mais depuis plusieurs semaines, la pièce tombe souvent du bon côté. Quel contraste encore avec ce foutu mois de décembre.

Les cadors du vestiaire

L’homme du match, lui, était tout désigné pour le coach portugais alors que le jeu aérien de Christian Luyindama fut précieux tout au long de la rencontre.  » C’est Jean-François qui nous a offert cette finale. C’est un type formidable.  »

Richard Coeur de Lion et Jean se sont congratulés longuement après le coup de sifflet final. Huit mois plus tôt, les échanges étaient moins chaleureux quand l’ex-gardien historique de Bari ne faisait plus partie des plans du coach portugais.

La veille de la finale, en conférence de presse, c’est un autre cadre de ce groupe, Sébastien Pocognoli que l’entraîneur des Rouches a tenu à féliciter.  » Il mérite son brassard. C’est un vrai professionnel, il a une mentalité de leader, il fait toujours le job. Pour le moment, c’est vrai qu’il ne joue pas. Ce n’est pas parce qu’il ne le mérite pas, mais parce que je dois faire des choix. Mon coeur pleure quand je mets mon capitaine sur le banc, mais c’est mon job. Je sais ce qu’il ressent. J’ai aussi été joueur et je voulais jouer toutes les rencontres. Mais qu’il joue ou qu’il ne joue pas, Sébastien reste mon relais, ma voix dans le vestiaire.  »

Ricardo Sa Pinto et Bruno Venanzi : de zéros à héros !

Ricardo Sa Pinto et Bruno Venanzi : de zéros à héros ! © BELGAIMAGE

Dans la nuit polaire bruxelloise, c’est finalement Poco qui a reçu les honneurs de soulever le trophée alors que Paul-José Mpoku portait le brassard de capitaine. Tout un symbole pour celui qui vit pourtant difficilement ce statut de réserviste mais qui a continué à jouer son rôle de capitaine du bateau, titre qu’il partage avec Réginal Goreux et Jean-François Gillet.

Sa Pinto le fédérateur

 » Que je joue ou pas, le plus important, c’est de gagner…Cela passe avant mon cas personnel. Je resterai moi-même. Je vais aider mes partenaires qui sont sur le terrain, car si je ne le fais pas, c’est que je ne remplis pas mon rôle.  »

Cette saison, plusieurs cadres ont pourtant pris des gifles mais n’ont pas craqué et ont maintenu le navire à flot. À plusieurs reprises, Sa Pinto leur a d’ailleurs demandé de l’aider quand il voyait que son groupe se dispersait.

Et ça, c’est inconcevable pour le technicien portugais, qui n’est pas à proprement parler un tacticien mais quelqu’un qui insuffle un état d’esprit, qui ne lâche jamais rien, à l’entraînement, en match, dans les vestiaires.

Il est sans arrêt sur le dos de ses joueurs. Une arme à double tranchant qui créée une atmosphère unique, comme celle des dernières semaines, mais qui peut aussi accentuer les tensions quand ça tourne moins bien.

Mais l’homme a réussi à fédérer autour de lui. Il faut peut-être remonter à Michel Preud’homme pour retrouver trace d’un entraîneur qui a autant les faveurs du groupe. Un MPH dont le nom revient avec insistance, du côté de Sclessin, et dont on annonce le retour dès la saison prochaine.

La patte de Renard

Il y a moins d’un an, le Standard se rendait au stade Roi Baudouin pour la troisième journée des PO2 et y affrontait l’Union Saint-Gilloise. Au bout des 90 minutes, Jean-François Gillet se retournait à deux reprises et le Standard partageait l’enjeu (2-2).

Trois jours plus tard, Aleksandar Jankovic était viré. Ce licenciement était le symbole d’un cuisant échec de la direction liégeoise. Bruno Venanzi devait quasiment tout reconstruire et allait s’appuyer sur Olivier Renard, qui, pour la première fois depuis son arrivée au club en février 2016, allait enfin avoir les mains libres lors des mercatos à venir.

Et, à l’analyse, son plus grand mérite ce n’est peut-être pas d’avoir amené de bons joueurs mais surtout d’avoir assaini un vestiaire en se séparant de trop nombreux gars excédentaires, à l’image d’un Filip Mladenovic parti fin janvier pour Gdansk et dont le salaire était important, et de pas mal de pommes pourries.

Car la saison dernière, le quotidien du Standard ressemblait à un joli foutoir. Du sommet de la pyramide au vestiaire, en passant par l’école des jeunes. Si tout n’est pas encore parfait, le coup de balai des derniers mois fut salvateur.

Un travail foncier payant

Depuis l’arrivée de Ricardo Sa Pinto, ça bosse ferme à nouveau à l’Académie. Durant le stage hivernal, les Rouches ont notamment travaillé le foncier. Et les effets se font ressentir depuis plusieurs semaines puisque le Standard a pris la bonne habitude d’émerger en fin de match.

L’équipe est désormais prête physiquement alors qu’en début de saison, les Rouches tiraient trop souvent la langue et surtout étaient incapables de mettre en place un semblant de pressing alors que leur nouvel entraîneur avait insisté là-dessus durant toute la préparation estivale.

Cet hiver, les joueurs ont couru énormément. Et depuis lors, le groupe s’en va galoper une fois par semaine. L’an dernier, sous Jankovic, des groupes de 6-7 joueurs partaient courir de leur côté car ils estimaient être en retard de condition.

Face à Genk, le Standard s’est montré plus roublard ou plus mature, c’est selon, en commettant la faute  » professionnelle « , quand les hommes de Philippe Clement parvenaient à sortir du pressing. Une première, presque.

Car trop souvent, cette saison, le bloc du Standard s’est retrouvé en lambeaux quand l’adversaire déjouait un pressing parfois peu efficace et se faisait punir sur contre-attaque.

Mystère jusqu’au bout

Ruslan Malinovskyi et Alejandro Pozuelo se sont trop aisément baladés en première période alors que les joueurs étaient prévenus pourtant qu’il ne fallait surtout pas les laisser jouer. Ils savaient aussi que ce duo, qui manie parfaitement le cuir, laissait aussi des boulevards défensivement, ce que les hommes de Sa Pinto n’avaient jamais vraiment exploité.

En seconde période, le tir fut rectifié. À la pause, le technicien portugais a insisté auprès du duo Marin-Cimirot afin qu’il gagne davantage les seconds ballons, pratiquement tous remportés par le milieu limbourgeois en première période.

Autre choix gagnant, celui (par défaut) de Giorgos Koutroubis. C’est Sa Pinto en personne qui a insisté pour transférer le défenseur grec suite au départ d’ Alexander Scholz alors que le club lorgnait sur un jeune défenseur français talentueux mais moins expérimenté.

Si la titularisation de Koutroubis était attendue faute de solution de rechange, il est impossible de connaître le onze exact décidé par le technicien portugais quelques heures avant la rencontre.

Les joueurs apprennent toujours leur titularisation au dernier moment, même son staff de fidèles n’est mis au courant de ses choix que dans les dernières heures avant la rencontre. Ce qui n’invite pas à la sérénité mais qui permet à tout le groupe de rester concentré. Avec des résultats probants à la clé ces dernières semaines…

Par Thomas Bricmont

Venanzi sur un nuage

Depuis trois jours c’est le calme plat du côté de Sclessin. Les joueurs ont eu congé dimanche, lundi et mardi, à l’exception de ceux partis (et ils sont nombreux), rejoindre leur sélection. Le calme après une tempête et un parfum de crise qui a longtemps plané sur le club.

La famille recomposée des Rouches aurait aimé fêter ensemble cette huitième Coupe de Belgique mais il n’en fut rien. Le froid et l’arrivée tardive sur Liège ont empêché la communion entre joueurs, staff et supporters. Ça n’a pas empêché, par contre, plusieurs éléments de prolonger la nuit au coeur du Carré jusqu’aux petites heures.

 » Quant à Bruno ( Venanzi, ndlr) , je pense qu’il va dormir pendant une semaine « , nous dit-on du côté de Sclessin. Dans le vestiaire, après la rencontre, le jeune président liégeois avait du mal à masquer son émotion.

Cette photo de la Coupe de Belgique tenue d’un côté par Ricardo Sa Pinto et de l’autre par Venanzi tout sourire, prouve qu’en foot tout peut aller très vite. Ou comment passer en quelques mois de zéro à héros.

Car à la fin de l’année 2017, que ce soit le coach portugais ou le patron du Standard, tous deux étaient voués aux gémonies. Les résultats étaient mauvais et le bilan financier n’était pas rassurant.

Trois mois plus tard, le Standard a perçu 20 % des droits du transfert de Jonathan Viera vers la Chine (autrement dit 3,6 millions d’euros), a pris le pactole grâce à la vente forcée d’ Orlando Sà sans en être puni sportivement, s’attend à faire le plein en PO1 et a déjà validé son ticket pour les poules d’une Europa League de plus en plus juteuse.

Même dans ses rêves les plus fous, Bruno Venanzi ne pouvait espérer un tel bilan sportif et financier.

Renaud Emond termine la saison en boulet de canon.

Renaud Emond termine la saison en boulet de canon. © BELGAIMAGE

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One thought on “Standard : une affaire de famille

  1. Un détail intéressant : on peut se tromper sur un transfert quoique que pour Mladenovic on a vite compris, mais lui offrir 4 ans c’est déjà discutable mais un gros salaire, c’est difficilement compréhensible

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