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Et si… les play-offs disparaissaient?

Les PO2 ont toujours été un problème. À partir d’avril, ils n’offrent plus que des matches amicaux sans grand intérêt pour le public, malgré un dernier billet européen en jeu.

Vivons-nous l’ultime sprint des play-offs?

Non ! Même si, aujourd’hui, les 24 présidents réunis à Tubize décident de mettre fin à ce système, il leur reste un long chemin administratif à parcourir. L’assemblée générale de la Pro League doit approuver cet accord en mars. Pour cela, il faut une majorité de 80 %. Tout le monde n’a pas le même nombre de voix. Le Club Bruges, Anderlecht, le Standard, Gand, Genk et Zulte Waregem en ont trois, les autres clubs de D1A deux et les représentants de D1B en ont une chacun. En juin, le dossier doit alors être approuvé par l’assemblée générale de la fédération. Le championnat suivant sert de transition, avec des play-offs, donc. La nouvelle formule ne pourrait entrer en vigueur qu’ensuite, comme ce fut le cas il y a dix ans : les clubs pros avaient décidé en mars 2008 d’instaurer les play-offs mais n’avaient disputé les premiers qu’à la fin de la saison 2009-2010.

Quelles sont les chances réelles de l’abolition des play-offs?

Elles ne cessent de croître. D’emblée, les PO2 ont constitué le principal problème. À partir d’avril, ils n’offrent plus que des matches amicaux sans grand intérêt pour le public, malgré un dernier billet européen en jeu. La division des points par deux a suscité l’irritation, les grands clubs estimant les efforts consentis pendant le championnat régulier insuffisamment récompensés.

On peut par exemple mener avec douze points d’avance après trente journées, entamer les PO1 avec six unités de plus et, en cas de défaite dès le premier match, se retrouver avec seulement trois points de boni par rapport au deuxième. Le Club Bruges et Anderlecht plaident pour le maintien des points. En 2010-2011, cette division par deux a failli offrir le titre au Standard. Les Rouches avaient terminé à seize points d’Anderlecht et à quinze de Genk mais leur parcours quasi parfait en PO1 (26 sur 30) leur a permis de terminer à égalité de points avec Genk, finalement sacré champion

Anderlecht ne s’est pas encore opposé clairement aux play-offs, contrairement à Bruges. Là, on ne veut plus des PO1, même si on maintient les points acquis. Pour être compétitif en Europe, le titre ne doit pas se disputer en fin de championnat, estime Bart Verhaeghe.  » Or, c’est le cas avec les play-offs.  » Verhaeghe affirme pouvoir prouver noir sur blanc que  » notre football, pendant les play-offs, est tout sauf top. Du mauvais jeu dans les moments importants : est-ce cela que nous voulons ? Nos clubs doivent disputer moins de matches, pour alléger la charge des joueurs. Ça permettrait par exemple de revaloriser la coupe nationale.  »

De plus en plus de clubs sont enclins à suivre Verhaeghe. Seuls Gand et Genk prônent le maintien des play-offs, depuis quelques mois. Gand aime les données noir sur blanc et comme son président vient du milieu de la consultance, il est logique qu’elle demande qu’un bureau externe analyse ce système. En comité restreint, Ivan De Witte a admis que si l’analyse arrivait à la conclusion qu’il valait mieux les supprimer, il s’inclinerait. Mais sur base de faits et non de coalitions ou de lobbying en coulisses.

Que révèlent les données?

Nous n’avons pas les données physiques des joueurs, comme une éventuelle augmentation de la fatigue en avril et en mai, mais nous disposons d’autres renseignements. Quels sont les constats les plus marquants des PO1 ?

On marque plus en PO1

Si le nombre de buts par match constitue une indication de spectacle, les PO1 font mieux que le championnat régulier. On a marqué en moyenne 2,99 buts par match lors des PO1, soit 0,20 de plus qu’en championnat (2,79) et 0,14 de plus que la moyenne des six formations de PO1 pendant les trente journées régulières (2,85). À six reprises, la moyenne des PO1 a été supérieure à celle de la compétition classique, avec en exergue 2012-2013 (3,67 vs. 2,93 : plus 0,74). La différence a été minime durant les deux campagnes moins productives que le championnat : -0,01 la saison passée (2,73 vs. 2,74) et -0,02 en 2010-2011 (2,63 vs. 2,65).

Le nombre de matches a peu d’impact sur le résultat final

Le Club Bruges a terminé premier du championnat régulier 2014-2015 mais a dû céder le titre à Gand. Il l’a attribué à la succession des matches : finale de la coupe, quarts de finale de Coupe d’Europe, play-offs, soit un total de 63 matches. La saison passée, le RC Genk a disputé 65 rencontres, toutes compétitions confondues. Il est difficile de prouver que c’est pour ça que les Limbourgeois ont loupé les PO1, terminant huitièmes du championnat régulier, et qu’ils ont été irréguliers cette saison, même si ça peut jouer un rôle.

Par contre, la saison passée, c’est l’équipe qui a joué le plus, Anderlecht (58) qui a remporté le titre, malgré un quart de finale d’Europa League tardif, le 20 avril, contre Manchester United. La saison précédente, c’était aussi le cas du Club Bruges (57 matches) et en 2009-2010, Anderlecht (56) avait déjà été sacré champion avec un nombre substantiel de matches. Durant ces trois saisons, et donc aussi en 2012-2013, le champion a même disputé, respectivement, neuf (Anderlecht 2017-2018), cinq (Club 2016/2017), treize (Anderlecht 2012-2013) et sept matches de plus (Anderlecht 2009-2010) que le deuxième du classement. La différence en nombre de matches joués par ces quatre champions et le nombre moyen des cinq autres protagonistes des PO1 est encore plus grande : plus dix (2017-2018), dix (2016-2017), neuf (2012-2013) et onze (2009-2010).

La BeNe-League ? Les équipes wallonnes, Charleroi en tête, ne sont pas chaudes, tandis que les néerlandaises soufflent le chaud et le froid.

Le champion a profité à trois reprises d’un temps de jeu inférieur : Gand en 2014-2015, avec 47 matches, soit 16 de moins que son dauphin, le Club Bruges (63), et six de moins que la moyenne des cinq autres équipes. C’est aussi le cas, dans une moindre mesure, d’Anderlecht en 2013-2014 (deux matches de moins) et du Racing Genk en 2010-2011 (quatre matches de moins que les cinq autres, en moyenne).

Atteindre son pic de forme en PO1 = être champion

Tous les clubs l’ont compris depuis longtemps : c’est en PO1 qu’on distribue les prix. Sur les huit champions sacrés depuis 2009-2010, six ont gagné plus de points en PO1 que la concurrence, et c’est systématique depuis quatre ans. Seuls le Club Bruges en 2013 et le Standard en 2011 ont été en tête des play-offs sans être sacrés champions. Le titre est revenu respectivement à Anderlecht et au Racing Genk, grâce à l’écart de sept points creusé avant les PO1. À signaler : le pic de forme commence plus tôt, dès le Nouvel-An. La tendance se marque depuis trois ans : les trois derniers champions (Anderlecht, Club, Gand) n’ont pas pris l’essentiel des points dans les seuls PO mais aussi dans les neuf derniers matches du championnat régulier, ceux qui suivaient la trêve hivernale. Anderlecht (en 2016-2017) et le Club Bruges (en 2015/2016) ont même remporté le second tour alors que, comme Gand en 2014-2015, ils n’avaient pas été champions d’automne et ne menaient pas en début d’année.

Les points en PO1 sont de plus en plus importants

La valeur des PO1 au classement final a beaucoup augmenté en l’espace de quatre ans : lors des quatre premières éditions, le champion gagnait en PO1 35,79 % (19 sur 30) du nombre total des points (75 = 45 du championnat régulier + 30 PO1). Ces quatre dernières saisons, le pourcentage des PO1 est monté à 41,27 % (en moyenne 21,5 sur 30). La plus-value des PO1 depuis quatre ans ressort aussi de cet autre constat : de 2009 à 2013, le pourcentage moyen de points acquis en PO1 par le champion était inférieur, respectivement de 10,71 %, 11,10 % et 12,20 %, au premier tour, jusqu’au Nouvel-An et à tout le championnat régulier. Les trois dernières saisons, le champion (Anderlecht, Club, Gand) a presté 9,72 %, 7,74 % et 4,44 % de mieux qu’au premier tour, jusqu’au 1er janvier et l’ensemble du championnat. Alors que la concurrence est plus importante, compte tenu de l’absence de petits poucets.

Être champion a souvent un effet négatif sur le premier tour suivant

Sur les huit champions depuis l’introduction des PO, seuls deux ont été champions d’automne l’exercice suivant. Anderlecht l’a été deux fois : champion en mai 2012 et premier quelques mois plus tard, champion en mai 2014 et champion d’automne 2014. Après son titre en 2016, le Club n’était que quatrième au premier tour suivant ; Gand, lauréat en 2015, était deuxième ; le Racing Genk, titré en 2011, était septième à l’entame de l’hiver. Idem à trois reprises pour Anderlecht : champion en mai 2017, troisième du premier tour, champion en mai 2013, quatrième du premier tour, champion en mai 2010, deuxième en automne. Les raisons possibles ? La fixation sur la lucrative phase de poules de la Champions League durant les premiers mois de la saison.

L’assistance augmente mais pas dans les grands clubs

Un plus grand nombre d’affiches implique une recrudescence de spectateurs. Durant ses quatre dernières participations aux PO1, Zulte Waregem a attiré 8,14 % de supporters en plus au stade Arc-en-ciel que pendant le championnat régulier. Pareil pour Charleroi. La saison passée, les Carolos étaient en moyenne 9.559 en championnat et 10.274 en PO1. La différence était encore plus marquée il y a trois (le Standard s’était également qualifié, ce qui était important pour Charleroi). La moyenne des Hennuyers était de 8.200 en championnat régulier et de 12.123 en PO1. L’augmentation est moins spectaculaire pour les ténors. Ces trois dernières saisons, le Club a accueilli en moyenne 1.600 personnes de plus par match de PO1, avec une capacité de 28.000 places. C’est moins marqué à Gand, avec une centaine de personnes en plus, à cause des limites de la capacité (19.999). Anderlecht n’a observé une forte augmentation que dans les derniers PO1, passant d’une moyenne de 18.333 à 20.473 en PO1. Les autres années, il n’y avait quasiment pas de différence.

Le derby flandrien entre le Club Bruges et Gand sera-t-il toujours d'actualité en play-offs dans les années à venir ?

Le derby flandrien entre le Club Bruges et Gand sera-t-il toujours d’actualité en play-offs dans les années à venir ? © BELGAIMAGE

Que fait l’UEFA?

On regarde aussi du côté de l’UEFA et des compétitions européennes. Leur format est fixé jusqu’au printemps 2021. Le comité des compétitions planche sur la période 2021-2024.

Le titre de cette saison est très important car la prime liée à la qualification directe pour la phase de poules de la CL a fortement augmenté, passant de 13 à 30 millions d’euros. Il suffit de quelques participations pour creuser l’écart avec le reste de la Belgique. Ce souci joue un rôle dans la discussion sur les play-offs. La Belgique a connu quatre champions différents depuis leur introduction en 2009 : le Club Bruges, Gand, Genk et Anderlecht (5). Les autres nations nous envient et attribuent la monotonie de leur championnat aux millions de la CL.

L’Olympiacos est champion de Grèce depuis 2010. En Suisse, c’est Bâle. La Croatie n’avait qu’un champion depuis 2006, le Dinamo Zagreb, jusqu’à ce que Rijeka mette un terme à sa série il y a quelques mois. Bate Borisov est aussi prospère en Biélorussie. Au Danemark, il est difficile d’écarter le FC Copenhague du titre. En Italie, la Juventus est systématiquement championne depuis 2012, comme le Bayern en Allemagne, depuis 2013. Ceux qui s’opposent à un retour à un championnat régulier craignent aussi l’impact de l’argent européen sur notre compétition.

Quelles sont les alternatives?

Toutes les alternatives vont être présentées aujourd’hui. En 2016, on a scindé le football professionnel de l’amateur pour arriver à 24 clubs pros, répartis en D1A (16) et D1B (8). Depuis la saison passée, les trois meilleures équipes des deux périodes (sans le champion) de D1B participent aux PO2. Les quatre moins bien classées participent aux play-downs.

Si on décide d’abolir les play-offs, que va-t-il advenir de la D1B, dont le championnat régulier prend fin en février ? Trois équipes seront privées de rentrées alors qu’elles devront continuer à payer les joueurs. Il n’est donc pas étonnant que la D1B veuille maintenir les play-offs. À une seule exception : le Beerschot-Wilrijk, partisan d’une compétition classique.

En cas d’abolition des play-offs, un remodelage de la D1A s’impose aussi. Ivan De Witte et Roger Vanden Stock rêvent depuis des années d’une D1 à 14 équipes. Ça laisserait plus de place à la coupe, qui doit être insérée au calendrier en semaine, pendant les mois de janvier et de février. La finale se déroule depuis quelques années avant le début des play-offs. La saison prochaine, ce sera le 1er mai, en plein milieu.

Les autres propositions : 12 (D1A)-12 (D1B), un championnat plat à 18 (ou 20) clubs pros car on doute que l’économie belge puisse faire vivre 24 équipes, ou une compétition à 24, en trois groupes de huit, redivisés en 2 x 12 après 14 journées (les quatre meilleurs de chaque série joueraient en A, pour le titre et les billets européens, les autres en B contre la rétrogradation). Une sorte de PO1 à douze au lieu de six. Histoire de maintenir le suspense, on lierait davantage le montant des droits TV au classement final.

La BeNe-League est-elle une alternative ? Pas directement. Les équipes wallonnes, Charleroi en tête, ne sont pas chaudes, tandis que les néerlandaises soufflent le chaud et le froid. Il faut étudier le projet, nous dit-on. Et pas avant 2024, puisque le contrat TV est valable jusqu’à cette date.

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