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Pourquoi le plan « grinta » ne fonctionne pas au Standard

Sclessin cherche à transformer sa sueur en plan de bataille pour retrouver sa gloire d’hier. Plongée dans les problèmes de jeu d’un Standard qui ne fait plus peur.

Le Standard cherche son futur dans le rétroviseur. Les mots et les actes de l’été ne trompent pas. Il y a d’abord le discours d’un coach qui affirme qu’il faut  » retourner aux bonnes années de ce club « , et puis les transferts d’une direction qui ramène du sang rouche dans son vestiaire, avec les retours de Paul-José Mpoku et Sébastien Pocognoli en bord de Meuse. Le premier était là en 2014, le second en 2011. Les dates des deux derniers  » presque titres  » du Standard, revenu trop tard sur le Genk de Courtois et De Bruyne il y a six ans, avant de se faire souffler par les Mauves d’Hasi et de Kouyaté lors des play-offs. Un ADN sans trophées, mais un ADN quand même.

Les indices sur le contenu du futur Standard sont donc à retrouver dans ces  » bonnes années « . Des Liégeois de Guy Luzon, on retient le 4-4-2 animé par les talents conjugués de Mpoku, Carcela, Batshuayi et Ezekiel. De ceux de Dominique D’Onofrio, la fameuse  » verticalité  » érigée en tic langagier par le regretté DD. Dans les tribunes, dans les bureaux et sur le terrain, le Standard n’a jamais été une équipe patiente. Sclessin préfère les sprints aux passes, et vibrera toujours pour les reconversions musclées, les solos sur le flanc et les frappes à distance. Un club aux tribunes latines qui demande un football britannique.

S’il y a une chose qui ne peut pas être reprochée à Ricardo Sá Pinto, c’est de ne pas avoir compris l’endroit où il mettait les pieds. Le Portugais dégouline de grinta, jusque dans ses interviews, et a installé un onze conforme au Standard qu’il voyait dans son rétroviseur : un 4-2-3-1 animé par quatre solistes offensifs, des milieux avec des centimètres et des poumons à revendre, un gardien fantasque et une défense normalement armée pour fermer les portes de ses seize mètres à clé.

Milieu de nulle part

Uche Agbo

Uche Agbo © BELGAIMAGE

Les problèmes naissent quand le plan passe du papier au terrain. Dès les premiers matches de la saison, le bloc du Standard est coupé en deux. Six hommes de devoir derrière, et du talent devant, mais aucun moyen de les relier. Incapables d’orchestrer une relance soignée, Uche Agbo et Merveille Bope Bokadi ne servent jamais leurs joueurs offensifs dans de bonnes conditions. La relance finit même par les éviter, passant directement des pieds de Laifis ou de Pocognoli à ceux d’Edmilson ou Mpoku. Des ballons remplis de bonnes intentions, mais souvent trop longs pour être précis. Les deux hommes, accompagnés par un Matthieu Dossevi retrouvé, héritent donc d’une mission trop ambitieuse pour être tenable à long terme : ils doivent faire une première différence pour se mettre dans le sens du jeu, une deuxième pour apporter le ballon jusqu’au rectangle, puis une dernière, avec le concours d’Orlando Sá, pour transformer la bonne situation en belle occasion.

Exigeant. Trop exigeant, même. Le Standard ne tire d’ailleurs que trop rarement au but, et affiche, en compagnie d’Anderlecht, le pire bilan offensif du championnat après cinq journées, avec seulement trois buts marqués. Les deux premiers naissent d’une erreur de l’adversaire, cadeaux signés Seth De Witte et Danny Vukovic, alors que le troisième exige un exploit technique de Mpoku au bout d’un solo technique de Dossevi. Depuis, même si Sá Pinto déplore chaque semaine les  » occasions fantastiques  » gâchées par ses couleurs, le compteur reste bloqué. Aucun but en trois matches, et des opportunités qui se classent principalement en deux catégories : des frappes à distance, souvent dangereuses vu la qualité des pieds offensifs rouches, et des phases arrêtées.

Nouveau coup d’oeil dans le rétroviseur. Sclessin se rappelle qu’en 2014, il y avait William Vainqueur et que trois ans plus tôt, Axel Witsel faisait la loi au milieu de terrain. Si on associe souvent le dernier Standard effrayant à la figure imposante de Sambou Yatabaré, un regard appuyé vers le passé rappelle que le Malien était épaulé d’un Adrien Trebel en état de grâce. À chaque fois que Sclessin faisait peur, il pouvait compter sur ce joueur qui fait le lien entre une arrière-garde musclée et une attaque explosive, souvent en prenant le ballon dans les pieds de sa défense, pour le porter jusqu’à l’autre côté de la ligne médiane. Bope et Agbo en sont incapables, et Razvan Marin manque de changement de rythme. Le Roumain donne l’impression d’être perdu au coeur d’un football qui bat plusieurs dizaines de pulsations plus vite que le sien, et s’est noyé face au milieu de terrain de Zulte Waregem, sous les yeux d’un stade qui l’attendait comme la solution.

Le ballon n’arrive donc que trop rarement aux pieds de Paul-José Mpoku, chef d’orchestre des offensives liégeoises. Le Congolais a rapidement cédé à la tentation de décrocher pour toucher des ballons, mais s’imposait du même coup des efforts de cinquante mètres balle au pied au bout desquels il devait encore être lucide. Le Standard se perd autour du rond central. Il n’y a qu’en s’installant plus haut, pour réduire la distance entre les milieux offensifs et le rectangle adverse, comme ils l’ont fait à Bruges quand le marquoir indiquait déjà 2-0, que les Rouches peuvent créer une vraie menace. Mais le danger augmente aussi pour eux.

Défense exposée

Alexander Scholz

Alexander Scholz © BELGAIMAGE

Alexander Scholz n’a jamais aimé défendre loin de son but. Impérial dans ses seize mètres, le défenseur se régalait lors de la première saison de Yannick Ferrera, quand il dominait les attaquants adverses en dégageant invariablement les centres. Au Jan Breydel, il a souffert sur chaque long ballon brugeois, et la perte de maîtrise des événements entraîne inévitablement une perte de confiance. Le cercle vicieux qui frappe le Danois est criant, et personne autour de lui ne semble pouvoir l’aider.

Bope et Agbo sont plus volontaires que disciplinés, et exposent leur ligne arrière beaucoup trop fréquemment pour la sortir du doute. À Bruges, ils sont dépassés par Hans Vanaken, qui se promène entre les lignes sur l’ouverture du score, et laissent Laifis se perdre entre le même Vanaken et Wesley dans le rectangle après un centre donné sans opposition par Abdoulaye Diaby. Quelques minutes plus tard, Bope perd un ballon catastrophique après une simple mise sous pression, et expose Scholz à un face-à-face dans la grande profondeur face au requin Wesley. Le verdict est sans appel.

Pour définir une équipe, rien de tel qu’un coup d’oeil vers la composition de son milieu de terrain. Celui du Standard est en travaux depuis le mois de janvier 2016. Ouvriers cherchent architecte.

Commentaires

Commentaires

3 thoughts on “Pourquoi le plan « grinta » ne fonctionne pas au Standard

  1. Très bonne analyse, le mercato est treminé et Renard le serviteur de Venanzi n’a pas trouvé cet homme, triste mais c’est bien parti pour être une véritable catastrophe, pire encore que les deux dernières, peut-être en décembre !!! Venanzi agira t’i pour éviter la descente.

  2. Oui en effet, excellente analyse, mais qui en demande une autre ! Pour remédier aux carences de notre entrejeu, ne faudrait t’il pas abandonner une fois pour toute le 4 – 2 – 3 -1 de Sa Pinto qui semble lui coller comme la glu aux semelles, pour enfin adopter un 3 – 5 – 2, qui étofferait le milieu, permettrait à Poco et Fay de jouer un cran plus haut et harpenter advantage leur flan, d’introduire dans le 3 défensif un défenseur qui a enfin de la vitesse (Luyindama – Cavanda), et de soutenir advantage l’attaquant trop isolé en jouant avec deux vrais attaquants ! Il n’est pas trop tard mais il est grand temps de réagir

    1. Excellente analyse en effet.
      Gerouche, toujours d’accord de renforcer le milieu mais les 3 en defense me paraissent difficiles dabs la situation actuelle, je plaiderais pouru 433, ce qui résoudrait le problème des couloirs decrit dans l’article et casserait les deux blocs 6 (4+2) defensifs et 4 offensifs

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