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Olivier Renard : « J’étais plus psychologue que directeur sportif »

Si le Standard entame, ce jeudi, sa campagne européenne, sa saison a déjà été riche en événements. Le directeur sportif donne, pour la première fois, son analyse des différents dossiers ayant animé le club ces dernières semaines.

Arrivé le 17 février à Sclessin, Olivier Renard vient de gérer son premier mercato en Principauté. Sept mois plus tard, à la veille de recevoir le Celta Vigo qu’il a affronté il y a dix ans avec le Standard, il se livre sans langue de bois sur le début de saison particulier vécu par son club.

– Olivier Renard, le Standard va entamer l’Europa League. Avec quel objectif ?

Je suis content d’avoir hérité d’un groupe compliqué. C’est un minimum de six bonnes rencontres qui va donner de l’expérience à notre jeune noyau avec pour objectif de passer cette phase de poules. On ne doit en effet pas partir perdant d’office d’autant qu’apparemment, et on l’a vu contre l’OM, c’est plus facile d’être motivé contre des grands clubs. La qualification dépendra toutefois de la motivation affichée et de la réussite dans les moments importants. Mais nous avons assez de qualités pour remplir une feuille honorable à la fin de cette épreuve. L’important est de bien commencer d’autant que nous entamons la compétition à domicile.

– Vous connaissez le Celta Vigo que vous avez déjà affronté avec le Standard en 2006 ?

C’est vrai. Il y a dix ans déjà. Mais mon souvenir est assez vague. Je me rappelle juste qu’il y avait eu des soucis avec nos supporters ou que notre car avait été retardé. On avait été éliminé en préliminaires de la Ligue des Champions face au Steaua avant de retomber en Coupe UEFA. Après le 0-3 au Lierse, c’était aussi le deuxième match de Preud’homme comme coach. Le groupe était fort jeune avec des éléments expérimentés comme Conceiçao ou Rapaic. Comme quoi, parfois, ce vécu ne permet pas de faire le pas en avant. Cette saison, nous avons cette expérience et des jeunes qui n’ont pas encore connu l’Europa League. Mais le contexte est différent. Il y a dix ans, les jeunes arrivaient complexés dans cette épreuve. Maintenant, ils jouent un match européen comme s’ils disputaient une rencontre amicale. Concernant le Celta Vigo, je sais que son recrutement a été axé sur les jeunes depuis un ou deux ans. Cette équipe a mal commencé son championnat et ce sera donc une rencontre importante pour elle. En effet, si, chaque fois, les clubs espagnols disent que la priorité est la Liga, ils vont presque tout le temps en finale des compétitions européennes.

« L’objectif est de passer cette phase de poules. On ne doit en effet pas partir perdant d’office »

– Le succès contre Genk est-il de nature à vous rassurer avant cette entrée en lice sur la scène européenne ?

Il a fait du bien à plusieurs niveaux. On nous attendait au tournant mais nous n’avons pas eu beaucoup de moments difficiles pendant le match même si l’arrêt important de Gillet en début de partie a beaucoup conditionné la suite dans l’état d’esprit de l’équipe et du public. Maintenant, soyons réalistes : ce n’est pas parce que nous avons fait une prestation honorable contre Genk avec deux ou trois individualités qui ont tiré l’équipe vers le haut, que nous sommes arrivés. Mais c’est encourageant car cela a levé quelques doutes chez certains joueurs.

« Un coach ne peut pas demander à son groupe d’aller à la guerre s’il n’arrive pas à montrer le chemin à suivre »

– Venons-en à Yannick Ferrera : quelles sont les vraies raisons de son limogeage ?

Plusieurs signes m’ont fait penser avec certitude qu’on allait droit dans le mur en début de saison. C’est vrai que la relation entraîneur-directeur sportif n’a pas été celle de Roméo et Juliette. Mais, de mon côté, j’ai toujours du respect pour lui. Le problème c’est qu’à l’extérieur du Standard, les gens ont eu l’image de Van Buyten – Renard contre Ferrera alors que nous ne l’avons pas vu comme cela. Quand on change de coach après cinq mois, c’est une déception pour le club et pour l’entraîneur. Aujourd’hui, je veux former un groupe joueurs – staff où tout le monde regarde dans la même direction. Ce n’était pas le cas ces derniers mois. Les gens n’analysent que le résultat du week-end mais moi, je suis là tous les jours. Et j’ai vu qu’il n’y avait plus d’harmonie entre toutes les composantes autour de l’équipe. Or un coach ne peut pas demander à son groupe d’aller à la guerre s’il n’arrive pas à montrer le chemin à suivre. Puis il y a le bilan sportif avec moins de 50 % des points et une Supercoupe qui aurait dû revenir au Standard, même si, heureusement, il a gagné la Coupe de Belgique, ce qui est une bonne chose pour son palmarès. Mais les relations étant tendues dans le vestiaire, on devait prendre une décision. En fait, l’aspect relationnel en général était le gros problème alors que Yannick a tout pour devenir un grand entraîneur. Il est à Malines et je lui souhaite le meilleur.

– A Bruges, des joueurs comme Trebel ont proclamé leur soutien au coach ?

Evidemment, derrière un micro, aucun joueur n’aura le courage de dire qu’il n’est pas derrière l’entraîneur. Or j’avais d’autres retours. L’ambiance d’un vestiaire est créée par les joueurs qui ne jouent pas et cela a été très compliqué ces dernières semaines. J’ai dû être plus un psychologue, pour remonter le moral de certains tant la gestion des joueurs était étrange, qu’un directeur sportif. Or, un match de foot ne se joue pas avec trois ou quatre éléments pour lesquels tu mets tout en avant. Depuis le dernier jour du mercato, à mes yeux, nous n’avons pas fait que six transferts. Quand on voit un Dompé contre Genk, on se dit que c’est un nouveau joueur. Même Trebel. Maintenant, ce n’est qu’un match. Cela dit, je suis persuadé que la gestion humaine du vestiaire par Jankovic, que je connais par coeur, va être bien différente et qu’elle aura mentalement un impact sur certains joueurs. Vous savez, je ne peux pas accepter qu’on dise à des éléments écartés
que c’est un choix de la direction alors que cela vient du coach. Si on demande à la direction d’écarter un joueur, celui qui en a émis le souhait doit l’assumer auprès de celui-ci. Je sais que dans ce cas-là, Jankovic aura une phrase identique au joueur et à moi.

– Jankovic précisément, pourquoi lui alors que d’autres coaches ont été contactés ?

Quand tu mets tout sur un homme et que cela t’explose au visage, tu n’as plus rien. La presse parlant tout le temps de la dernière semaine de Ferrera, des coaches ont essayé d’entrer en contact avec nous pour se proposer. On avait une liste, on a regardé la qualité, le prix et la connaissance de notre compétition.

– Il a signé un contrat de trois ans pour montrer que le Standard veut retrouver de la stabilité ?

J’espère qu’il restera plus longtemps car cela voudra dire qu’on ne s’est pas trompé. Le Standard avait déjà parlé de stabilité quand Yannick a signé. Ce sont des belles paroles mais cela ne va pas plus loin.

– Jankovic, c’est encore quelqu’un de Malines. Encore un ami d’Olivier Renard…

Je suis conscient que prendre des gens avec qui j’ai travaillé par le passé donne l’impression que je prends mes potes. Je laisse parler… Je ne fais pas venir mes amis au Standard, mais des gens qui apportent un réel plus. Je sais que je me mets la pression. Mais ce n’est pas un problème car j’avance pour le club et pas pour moi. Quand, après Genk, on me dit que sans Gillet, cela aurait été un autre match, cela me fait plaisir car on parle du sportif et pas de l’ami de Renard. Pour en revenir à Jankovic, je ne crois pas que c’est une bonne chose pour le Standard : j’en suis certain.

– L’incorporation de Verjans dans le staff donne aussi une image de copinage.

Il manquait une personne dans le groupe des entraîneurs et j’ai besoin d’un staff s’entendant à merveille car l’ambiance dans celui-ci va se répercuter sur celle du vestiaire. Si le staff est
soudé, il peut demander au groupe de l’être. On a hésité à prendre quelqu’un de plus mais, avec 33 joueurs, c’était impératif. Et comme Jankovic et Verjans se connaissent, le projet a été directement accepté.

– Précisément, un groupe de 33 joueurs ne laisse pas beaucoup de places aux jeunes ?

Le budget des contrats jeunes a été augmenté. Cela montre que le président est à fond derrière l’Académie. Evidemment, le signal donné par un groupe de 33 joueurs peut susciter des interrogations. Mais ce n’est pas parce que Ryan Mmaee, par exemple, n’a pas été repris contre Genk qu’il ne va plus jouer. Cela dit, quand on a décidé de faire jouer les jeunes en playoffs 2, les supporters et la presse trouvaient que le niveau n’était pas bon. Et maintenant qu’on décide de miser sur des joueurs comme Belfodil, on va nous dire que les jeunes ne jouent plus… Pour l’instant, l’important sur le court terme, ce sont les résultats. Ensuite, on va essayer de construire un groupe fort avec un mixte de jeunes Belges de l’Académie et des étrangers qui apportent une plus-value.

«L’aspect relationnel, en général, était le gros problème alors que Ferrera a tout pour devenir un grand coach »

– Comme Belfodil ?

Je le connais depuis longtemps. Je me suis également renseigné auprès de Gillet qui a joué avec lui. J’ai aussi été le voir à l’entraînement aux Pays-Bas avec son club des Emirats car on ne connaît pas le niveau d’un joueur qui part dans le Golfe pendant un an. Il ne savait pas que j’étais présent mais j’ai été vite rassuré que c’était une bonne opportunité. De son côté, il fait des sacrifices financiers énormes. Il montre aussi qu’il a faim. Il n’a que 24 ans et a joué dans des grands clubs. Il pourrait donc arriver ici les mains dans les poches mais, pour l’instant, ce n’est pas le cas. Et on a déjà vu son impact sur le terrain auprès de ses équipiers. Si on avait un accord avec lui depuis 4 ou 5 jours, il n’a pas pu être présent le dernier jour de mercato car, après avoir cassé son contrat, il était trop tard pour rendre sa carte de séjour et quitter le pays. Avec Orlando Sa, il apporte de l’expérience à côté de la fraîcheur et la jeunesse de Mbenza, Ryan Mmaee et Raman. Avec Emond et Yattara toujours présents, nous avons tous les profils offensifs possibles alors qu’on manquait de profondeur la saison dernière.

« En janvier, on va devoir analyser la situation des 33 joueurs et trouver une solution pour certains »

– Justement, le mercato en deux temps a été surprenant.

Il fallait du belge, de la taille et qui rentre dans le budget. Ce n’était pas évident à gérer. Avec Yannick on a parlé de profils mais il a aussi donné des noms. La première partie du recrutement a donc été faite sur des Belges. A part Gillet, ce sont des jeunes joueurs sur lesquels nous avons investi et qui peuvent apporter une plus-value sportive et financière. Dans la liste de Ferrera, il y avait des joueurs intéressants mais il n’y avait pas un seul Belge et les prix demandés étaient hors budget. Ensuite, on s’est rendu compte que le niveau de certains régressait. Le constat était alarmant : on ne prenait pas de points, la façon de jouer n’évoluait pas et des joueurs avec une belle valeur marchande étaient moins bons. Il fallait donc prendre de la concurrence pour les booster. En janvier, on va devoir analyser la situation des 33 joueurs et trouver une solution pour certains. Néanmoins, cette quantité peut devenir une force si, mentalement, c’est bien géré. Maintenant, le but n’est évidemment pas de constituer un groupe de 33 éléments chaque année. A la limite, cela ne me dérangerait pas mais il devrait alors comprendre 7 joueurs de l’Académie. En résumé, les joueurs ont quatre mois pour mouiller le maillot et compliquer les choix du coach.

« Non, je ne fais pas venir mes amis au Standard, mais des gens qui apportent un réel plus »

– Désormais, ce noyau a-t-il les qualités pour atteindre l’objectif défini ?

Il est encore trop tôt pour évaluer le noyau. Pour l’instant, nous sommes deux ou trois tons en dessous d’autres équipes. Cela dit, avec le réveil de certains et l’apport des nouveaux, on peut obtenir des résultats. Le Standard doit toujours viser le Top 3 et même le titre. Mais il faut être réaliste. Après une saison comme la précédente, il faut être humble, la fermer au maximum et travailler pour faire mieux que la saison dernière.

– Précisément, cette absence de stabilité donne l’impression qu’il n’y a pas de projet.

C’est faux. Il y a une vision globale qui est de constituer un noyau compétitif où les étrangers apportent un plus à côté des jeunes. Mais on ne peut pas tout changer en un claquement de doigts. Il y a des joueurs qui criaient partout qu’ils voulaient partir et il n’y a pas eu un seul mouvement les concernant. Or, on devait anticiper d’éventuels départs… qui ne sont jamais venus.

– On a aussi l’impression que la direction actuelle manque de poigne puisque les auteurs des retweets et la sortie de Trebel attendant ses quatre renforts n’ont pas été sanctionnés ?

J’ai confiance dans le président pour cela. Je pense qu’en étant présent quotidiennement au club, son approche par rapport au groupe va être différente. Mais les joueurs ont été plus maladroits que le président car c’est un manque total de respect par rapport au club avec lequel ils ont des contrats. Dans le futur, il va falloir faire comprendre qu’un joueur doit respecter son employeur. Et puis cela s’est passé dans les dernières journées du mercato. Peut-être que certains joueurs voulaient forcer quelque chose. Mais cela n’a pas marché.

– Une direction qui est désormais privée d’un directeur général.

J’ai toujours eu un bon rapport avec Bob Claes. Mais la vie d’un club de foot évolue vite. Personnellement, je ne dois m’occuper que du sportif. Tout ce qui se passe au-dessus de moi ne me concerne pas. Il y a la direction et un conseil d’administration pour cela.

– Vous êtes au Standard depuis sept mois. Avec tout ce qui s’est passé, regrettez-vous votre choix ?

Certainement pas. Je suis content ici même si le défi est énorme. Le plus difficile est de tracer cette ligne de conduite et cela prend du temps. Avec la présence quotidienne du président, l’union du staff et la création d’un groupe de joueurs qui vont se rendre compte qu’ils peuvent voler en tribune s’ils ne mouillent pas leur maillot, on va progresser. Et la qualité des joueurs va nous pousser vers le haut. Je l’espère…

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